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La Patagonie

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Herman Melville écrivait en 1851 : «Tout cela et aussi les émerveillements que j’attendais des paysages et des vents patagoniens contribuaient à me jeter vers mon désir». La Patagonie, un de ces mots qui nous portent à l’infini du voyage. Sûrement, là-bas il y aura le vent intraitable, le sombre souffle des océans, l’éblouissement des glaces et des herbes enluminées de jaune.


Départ en avion pour Punte Arenas,
sur le détroit de Magellan. Temps magnifique pour arriver en Patagonie.
Alexandre Vialatte : "L’homme ne devrait loger qu’en face des mers ou des grands fleuves, sur les montagnes ou au désert. En Auvergne ou en Patagonie. Or il loue à Pantin ou à Massy-Palaiseau."
On quitte Punta Arenas pour Puerto Natales. Découverte immédiate de l’immensité et du vent de Patagonie, sous le soleil. Nous longeons l'étendue du détroit aussi bleu que le ciel aujourd'hui, puis en montant vers le nord, landes ocres, jaune paille, brunes.
"C'est un paysage aux nuances très subtiles, que l'œil ne saisira qu'en s'épuisant dans la contemplation. Hormis les variations de la terre, le ciel qui éblouit, aucune autre évidence n'émane de ces lieux."
nous dit Cristian Aliaga.
Cela donne de l’importance aux kiosques pour attendre les bus et à leurs poubelles abritées.
Lac dont le gris parait solide
à force d'être mat,
arbres amoindris par les incendies
et les tempêtes,
gaucho avec ses chevaux.
Comme au cinéma.
En approchant de Puerto Natales, on croise ce mémorial (accident ?) fait de bouteilles plastiques, de guirlandes de fleurs et de petits autels. On continue vers le Lago Grey, plus au nord, dans le parc national de Torres del Paine.
La route au soleil couchant avec des nuages effilés comme des sculptures d’air extrêmement légères au-dessus des arrondis terreux et des roches plus sombres et anguleuses qui rythment la route. Peu à peu tout vire à un gris limpide puis anthracite. Nous arrivons tard à l’hôtel Lago Grey, où nous dînons au chaud. Au restaurant, un couple canadien fait le tour du monde.
On les croisera pendant deux jours. On parlera.

La nuit repousse au matin la découverte de ce qui nous entoure.

Réveil avec le rouge des nuages derrière les arbres impressionnants, formés par le vent patagon.
"Les vents de Patagonie ont tatoué mon imagination d'images tragiques et obscènes." Fernando Pessoa, Ode Maritime

Au loin, quand je sors, il y a les montagnes enneigées, le soleil doré, l’air vif : “le chant du monde”, ainsi que les Kaweskars nommaient le vent. Les Kaweskars qu'on peut traduire par “hommes”, ces natifs chassés toujours plus au sud et devenus nomades aquatiques, vivant sur leurs canoes, lorsqu’il n’y aura plus que l’océan devant eux. Lorsqu’on leur parlait, ils répondaient en répétant les sons exacts qu’ils venaient d’entendre, échos renvoyant leur refus définitif de changement aux étrangers.
Le Lago Grey se découvre, et au loin, on imagine, le glacier.
Nous partons, en bateau d’acier sur le lac gris. Les icebergs minuscules ici, le bleu intense, le glacier enfin,
très au calme après les vagues hachées trempant le bateau.
Apaisement qui nous permettra de boire un "pisco sour", boisson du continent, alcool et citron vert, avec ici, le goût incomparable de glaçons
sans âge.
Le temps se lèvera au fur et à mesure qu'on s'éloigne du glacier.
Et le soir tombera, flamboyant comme le matin.

La suite à demain.

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